6 - Les coulisses d'un roman, suite…

Mis à jour : janv. 5

Dans ce sixième article autour de mon roman "Intrigue chez Virginia Woolf", je continue à vous partager des passages de mes premières versions qui s'intitulaient à l'époque "Intrigue dans un jardin anglais".


La chambre de Virginia Woolf.

Voici un extrait d'une discussion entre Sally et Clara :

Savez-vous, Clara, qu’en 1938, hormis quelques suffragettes de la première heure, lorsque son essai antifasciste « Trois Guinées » parut, personne ne l’a soutenue, pas même son mari qui lui disait que c’était son « plus mauvais livre » ? Virginia, elle, continua à croire envers et contre tous au pacifisme et estima avoir fait son devoir en tant qu’écrivaine en démontrant que le patriarcat et le fascisme étaient deux fléaux de même nature à combattre.
Sally regarda dans ses notes et se servit de sa loupe pour lire :
— Elle écrivit à ce sujet : « Un intérêt commun nous unit : il n’y a qu’un monde, qu’une vie ; les cadavres, les maisons en ruine prouvent à quel point il est essentiel d’accomplir cette unité. » Elle voulait croire en « la capacité qu’avait l’esprit humain de dépasser les frontières et d’obtenir l’unité à partir de la multiplicité. »
La vieille dame s'interrompit pour boire quelques gorgées de thé puis continua :
Eh bien, croyez-moi si vous voulez, ma chère petite, mais à cinquante-six ans, avec ce livre controversé qui allait être censuré, Virginia conquit une liberté nouvelle et accepta d’en payer le prix. Le livre fut un fiasco, mais cela lui était égal, sa réussite était ailleurs.
— Quelle courage ! remarqua Clara.
— Elle nota dans son journal… Attendez, il faut que je retrouve la phrase...
Sally feuilleta dans son cahier :
— Ah ! la voilà : « c’est une sensation étrange que d’écrire à contre-courant : cependant il le faut. »
— Superbe ! s'exclama Clara. Et dire qu'aujourd'hui, soixante et onze ans plus tard, une anthropologue française, Françoise Héritier, que j’ai lue dernièrement, ose croire en l’évolution des esprits. Elle dit à peu près ceci dans son dernier essai : « nous devons garder l’espoir en la capacité du changement, en l’abolition de la hiérarchie entre les sexes. Une hiérarchie qui a fondé toutes les autres ».
— Ne trouvez-vous pas qu'à plusieurs décennies de distance, ces deux femmes disent à peu près la même chose ? demanda Sally.
— Oui, mais qui les écoute ?

Le portrait de Virginia Woolf peint par sa sœur Vanessa Bell (1912).

N'hésitez pas à me livrer vos ressentis. J'ai toujours beaucoup de plaisir à vous lire et à vous répondre.


Si vous n'avez pas lu l'article précédent sur le même sujet, il se trouve ici !

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©2020 by Anne-Marie Bougret - Autrice.

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