©2019 by Anne-Marie Bougret - Autrice.

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À TOUS LES PASSIONNÉS QUI VEULENT CHANGER LE MONDE !

 Extrait de Ludovic et le voleur de regard 

Il suivit Adélaïde qu’il dépassait d’une bonne tête. Malgré son envie de savoir si elle habitait le manoir, il n’osa pas le lui demander. 

— Vous verrez, lui dit-elle, Théobald est très gentil, mais il est exigeant comme le sont parfois les personnes âgées. 

Adélaïde s’arrêta devant une grille ouvragée à travers laquelle Ludovic découvrit un jardin au fouillis sympathique. Tenue en laisse, Triska jappa pour signifier à son jeune maître son impatience d’inspecter les lieux. Adélaïde sortit un trousseau de clefs et ouvrit le portillon fermé à double tour. Ils avancèrent dans l’allée principale. Ludovic remarqua une aile de la demeure, agrémentée de tourelles, invisible depuis la rue. Le manoir lui apparut dans toute sa majesté. Il fut ébahi devant l’immensité du parc et imaginait déjà Triska en train de s’ébattre en toute liberté. 

— Puis-je la laisser dehors ?
   — Oui, bien sûr !

Le jeune homme détacha la chienne qui partit truffe en avant explorer ce nouveau territoire.
Ils entrèrent par une porte de derrière, elle aussi fermée à clef, renforcée par des croisillons en fer clouté et surmontée d’un arc en anse de panier.
 — Ce manoir a été construit sur un ancien château, lui expliqua Adélaïde, une partie seulement a été conservée et réaménagée au siècle dernier. 

Ils longèrent un couloir où des portraits d’hommes et de femmes accrochés aux murs les observaient d’un air sinistre. Ils débouchèrent sur un immense hall décoré de colonnes en marbre. Les proportions des ornements architecturaux semblaient démesurées. Alors que Ludovic avait ses deux pieds sur un magnifique carrelage à cabochons, le vertige le saisit uniquement en suivant du regard le large escalier, éclairé par des vitraux.
Il n’avait jamais rien vu de pareil.
— Venez, dépêchons-nous, il n’aime pas attendre.
Il perçut la voix de la jeune femme comme s’ils s’étaient trouvés au sommet d’une montagne.
— Ne soyez pas impressionné ! lui dit-elle en se dirigeant vers une porte à double battant, capitonnée de cuir, c’est tellement grand ici que lorsque l’on parle il y a comme de l’écho.
Ils pénétrèrent dans une pièce imposante aux boiseries foncées, tapissée de livres jusqu’au plafond. Pour atteindre les plus hauts rayonnages, un escalier en colimaçon rejoignait une sorte de balcon qui courait le long des murs et surplombait un bureau ministre où était assis un vieux monsieur aux cheveux blancs. Malgré la peau de son visage parcheminé, il avait belle allure dans son costume gris d’où dépassait un col blanc.
— Théobald ! Voici Ludovic dont je vous ai entretenu. Il aimerait devenir votre lecteur personnel.
— Parfait, Adélaïde, vous êtes adorable ! lui dit affectueusement le vieil homme avec un sourire.

Adélaïde posa sa main sur l’épaule de Ludovic.

— Je suis obligée de m’absenter, je dois retourner à mon travail. Vous verrez, tout va bien se passer…

Ludovic dut avoir une expression effarée, car elle ajouta tout bas à son oreille :

— Vous êtes entre de bonnes mains… à bientôt ! 

Puis elle tourna les talons et disparut.

Ludovic se trouva désemparé. Il la connaissait à peine, et déjà elle le laissait seul avec un inconnu. Il n’était guère rassuré de rester avec ce vieux monsieur à la voix grave et à la carrure impressionnante qui regardait fixement devant lui comme un mannequin de cire.

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